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Le flow

Photo du rédacteur: Joanie Thibault
Joanie Thibault
10 sept.
4 min de lecture

Le flow, aussi appelé « état hypnotique sportif » (Unestahl, 2018), se définit comme « un état expérientiel positif qui survient quand l’athlète est totalement connecté à la performance » [traduction libre] (Jackson & Marsh, 1996, p.17). Ce concept est d’ailleurs similaire à l’hypnose dans ses descriptions phénoménologiques (Pates & Maynard, 2000).


Pates et ses collègues ont réalisé, au fil des années, une série d’études de cas dans lesquelles le même protocole hypnotique était utilisé : l’induction hypnotique se faisait par la technique de relaxation musculaire progressive de Jacobson (contracter, puis décontracter les groupes musculaires du corps). L’approfondissement se faisait avec la technique de l’escalier de Hammond (visualisation de la descente des marches d’un escalier, au décompte du thérapeute). L’étape des suggestions hypnotiques comportait une visualisation polysensorielle (en stimulant les cinq sens) d’une performance optimale passée (régression), qui était ensuite « ancrée » (associée) à un signal naturel (ex. tenir le bâton de golf) ou artificiel (ex. un mot). Le tout se terminait avec un réveil. La séance d’hétéro-hypnose (enregistrée) était jumelée à la pratique régulière et semi-supervisée (appels) de l’autohypnose.


Les études de Pates et ses collègues sont de bonne qualité : les mesures sont prises en contexte de performance (validité externe), l’intervention d’hypnose était réalisée suite à une stabilité ou une régression constante dans la performance des participants, le protocole était standardisé, les études comportaient généralement trois participants et, en plus de mesurer le flow (Flow State Scale), il y avait toujours une mesure objective de la performance ainsi que des données qualitatives prélevées, avec un protocole structuré. Ces études sont d’ailleurs de meilleure qualité que plusieurs devis expérimentaux (Milling & Randazzo, 2016). Les études sont aussi complémentaires, certaines utilisant des ancrages naturels avec un design AB, d’autres utilisant des ancrages artificiels avec un design ABA pour en tester la réversibilité. Toutefois, aucune de ces études ne prenait en compte la suggestibilité des participants et les informations d’identification (ex. âge, sexe et race) sont souvent incomplètes. Les auteurs soulèvent aussi de potentiels biais, l’effet Hawthorne (motivation élevée des participants due au fait qu’ils sont testés) et l’effet Rosenthal ou Pygmalion (influence des attentes sur le résultat). De plus, une seule de leur étude a été réalisée avec des femmes (Pates, Cummings, & Maynard, 2002). Les athlètes sélectionnés pratiquaient le golf, le basketball ou le badminton, selon les études (Pates, 2014; Pates & Cowen, 2013; Pates et al., 2002; Pates, Maynar, & Westbury, 2001; Pates & Maynard, 2000; Pates & Palmi, 2002). Par ailleurs, Milling et Randazzo (2016) ont conclu qu’aux vues des études de Pates et ses collègues, l’hypnothérapie représenterait une intervention possiblement efficace pour les performances au golf et au basketball. Plus d’études sont nécessaires pour valider cette efficacité potentielle.


Dans l’objectif d’explorer le lien entre la suggestibilité et le flow, Bowers, Na, et Elkins (2018) ont utilisé le Dispositional Flow Scale-2, suivi d’une mesure de la suggestibilité (Elkins Hypnotizability Scale), puis du CORE flow state sur 179 étudiants collégiaux. Il est intéressant de voir une étude utiliser un autre outil que le SHSS : C et qui présente néanmoins validité satisfaisante (Kekecs, Bowers, Johnson, Kendrick, & Elkins, 2016). Leur étude suggère que les personnes qui ont un haut niveau de suggestibilité pourraient avoir plus tendance à rapporter des expériences similaires au flow sous hypnose. De plus, les personnes qui rapportent un bas dispositional flow et qui ont un haut niveau de suggestibilité à l’hypnose pourraient rapporter de plus hauts niveaux de flow suite à l’induction hypnotique. Le niveau de suggestibilité semble donc influencer positivement le flow, mais selon la revue de littérature de Milling et Randazzo (2016), le flow n’est pas toujours en lien avec la qualité de la performance. Les mécanismes pouvant expliquer les résultats prometteurs des études de cas sont encore méconnus.


*Cet article est extrait de mon essai sur l’hypnose et le sport, réalisé en 2022


Sources :

Bowers, J., Na, H., & Elkins, G. (2018). Flow and hypnotizability in a college student population. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 66(3), 331-342. http://dx.doi.org/10.1080/00207144.2018.1468159

Jackson, S. A., & Marsh, H. W. (1996). Development and validation of a scale to measure optimal experience: The Flow State Scale. Journal of sport and exercise psychology, 18(1), 17-35. http://dx.doi.org/https://doi.org/10.1123/jsep.18.1.17

Kekecs, Z., Bowers, J., Johnson, A., Kendrick, C., & Elkins, G. (2016). The elkins hypnotizability scale: Assessment of reliability and validity. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 64(3), 285-304. http://dx.doi.org/10.1080/00207144.2016.1171089

Milling, L. S., & Randazzo, E. S. (2016). Enhancing sports performance with hypnosis: An ode for Tiger Woods. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, 3(1), 45. https://doi.org/10.1037/cns0000055

Pates, J. (2014). The effects of hypnosis on an elite senior European tour golfer. Mission of the Journal of Excellence, 16, 74.

Pates, J., & Cowen, A. (2013). The effect of a hypnosis intervention on performance and flow state of an elite golfer: A single subject design. International Journal of Golf Science, 2(1), 43-53.

Pates, J., & Maynard, I. (2000). Effects of hypnosis on flow states and golf performance. Perceptual and Motor Skills, 91(3_suppl), 1057-1075. https://doi.org/10.2466/pms.2000.91.3f.1057

Pates, J., & Palmi, J. (2002). The effects of hypnosis on flow states and performance. Journal of Excellence, 6, 48-62.

Pates, J., Cummings, A. J., & Maynard, I. (2002). The effects of hypnosis on flow states and three-point shooting performance in basketball players.

Pates, J., Maynar, I., & Westbury, T. (2001). An investigation into the effects of hypnosis on basketball performance. Journal of Applied Sport Psychology, 13(1), 84-102. https://doi.org/10.1080/10413200109339005

Unestahl, L.-E. (2018). Alert, eyes-open sport hypnosis. American Journal of Clinical Hypnosis, 61(2), 159-172. https://doi.org/10.1080/00029157.2018.1491387

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