Techniques d'hypnose pour les allergies
- Joanie Thibault
- 12 déc. 2025
- 4 min de lecture
Les allergies saisonnières touchent une grande partie de la population, et de plus en plus de personnes cherchent des approches complémentaires pour mieux gérer leurs symptômes. L’hypnose fait partie des outils possibles pour soutenir le mieux-être.
Allergies saisonnières vs allergies alimentaires : une distinction essentielle
D’abord, il est important de différencier les allergies saisonnières — pour lesquelles l’hypnose peut être utile — et les allergies alimentaires, pour lesquelles elle ne doit jamais être utilisée comme substitut à un traitement médical ou à une vigilance stricte.
Les allergies alimentaires impliquent un risque réel de réaction sévère, incluant l’anaphylaxie. Dans ce contexte, l’hypnose ne peut en aucun cas être envisagée comme méthode de « désensibilisation » ou de traitement, puisque les risques dépassent largement les bénéfices potentiels. L’approche éthique consiste plutôt à soutenir la personne dans la gestion du stress, de la peur ou de l’hypervigilance liés à leur condition, tout en respectant les balises médicales.
À l’inverse, les allergies saisonnières — comme le « rhume des foins » — représentent un domaine où l’hypnose peut être envisagée comme approche complémentaire, visant principalement une réduction des symptômes.
Selon Allergies Québec :
« La rhinite allergique saisonnière […] est une allergie aux pollens présents dans l’atmosphère et généralement transportés par le vent. Elle cause une inflammation de la muqueuse nasale et occasionne des symptômes chez les personnes sensibilisées. »
Toujours selon la même source, la prévalence est en hausse depuis plusieurs décennies, possiblement en lien avec les changements climatiques. Au Québec, environ 1 personne sur 5 ressent des symptômes d’allergies saisonnières — avec une proportion plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

Hypnose et allergies : état des connaissances
L’utilisation de l’hypnose pour moduler les réactions allergiques n’est pas nouvelle. Dès les années 1960, Fry, Mason et Pearson (1964) observaient des effets de l’hypnose sur les réponses cutanées allergiques chez des personnes souffrant d’asthme ou de rhinite allergique.
La recherche moderne reste limitée, mais des études comme celle de Langewitz et ses collègues (2005) montrent que l’autohypnose peut réduire l’intensité des symptômes du rhume des foins chez certaines personnes.
On n’en comprend pas encore tous les mécanismes, mais on suppose que l’hypnose agit en partie en modulant le niveau de stress du système, ce qui influence le seuil de réactivité et la perception des symptômes. L’hypnose n’agit donc pas sur l’allergie elle-même, mais sur la réponse physiologique et subjective à celle-ci.
Comment l’hypnose peut-elle aider?
Les interventions hypnotiques ne visent pas à « supprimer » l’allergie, mais à soulager les manifestations les plus dérangeantes, comme :
congestion nasale
écoulement nasal
éternuements
picotements ou démangeaisons du nez, de la gorge ou des oreilles
yeux rouges, qui piquent ou qui pleurent
démangeaisons cutanées
maux de tête
exacerbation de l’asthme
Chaque séance peut être personnalisée selon le profil et les déclencheurs de la personne.

Il existe plusieurs façons d’aborder les allergies saisonnières en hypnose, souvent combinées pour maximiser l’effet :
1. Suggestions directes de réduction des symptômes
On suggère au corps de diminuer l’inflammation, de retrouver du confort dans la respiration ou d’apaiser les démangeaisons. Ces suggestions peuvent être très spécifiques : « Tes voies respiratoires s’ouvrent doucement… la congestion se relâche… »
2. Suggestions de rééquilibrage du système immunitaire
Sans jamais prétendre “modifier” l’immunité, on invite plutôt le système à adopter une réponse plus calme et proportionnée en faisant la promotion de l’équilibre.
3. Visualisation de désensibilisation
Certaines personnes se visualisent dans un environnement déclencheur (ex. un champ de fleurs), mais en respirant librement, en se sentant totalement à l’aise. Cette exposition imagée vise à diminuer l’hyperactivité.
4. Métaphores thérapeutiques
Les métaphores permettent d’aborder les symptômes de façon indirecte :– visiter la forteresse de son système immunitaire– jouer avec un thermostat corporel qui se réajuste– ouvrir les fenêtres de sa maison intérieure pour laisser l’air circuler
5. Ancrages et enregistrements
On peut enseigner des techniques pour reproduire l’état de confort (ancrage) et proposer un enregistrement à réécouter (autohypnose) pour poursuivre le travail de façon autonome. L’objectif de l’hypnose est de développer un meilleur autocontrôle avec des techniques concrètes.
6. Prise en compte des facteurs connexes
Le stress, le sommeil, la tension musculaire et la fatigue jouent un rôle non négligeable dans l’intensité des symptômes. Une séance peut donc aussi cibler :
la régulation du stress
la réparation dans le sommeil
la détente du système nerveux
Personnellement, j’aime varier les approches pour offrir une intervention globale, qui touche à la fois les symptômes, l’environnement et les aspects connexes propre à l’individu.
Pourquoi ça fonctionne?
Les recherches ne permettent pas encore de conclure à un mécanisme précis. Cependant, les hypothèses les plus solides pointent vers :
une diminution du stress systémique, qui réduit les réactions inflammatoires
une modulation de la perception des symptômes
une amélioration du confort respiratoire, par relaxation des muscles et réduction de l’hypervigilance
Dans l’étude de Langewitz et al. (2005), les participants pratiquant l’autohypnose ont rapporté une réduction significative de certains symptômes de rhinite allergique.
On ne parle pas ici de guérison, mais d’un outil complémentaire qui aide le corps à réagir de façon plus calme et plus confortable pendant la saison des allergies. Il n’y a pas de contre-indication à utiliser l’hypnose conjointement avec la médication.
Sources :
Fry, L., Mason, A. A., & Pearson, R. B. (1964). Effect of hypnosis on allergic skin responses in asthma and hay-fever. British Medical Journal, 1(5391), 1145.
Langewitz, W., Izakovic, J., Wyler, J., Schindler, C., Kiss, A., & Bircher, A. J. (2005). Effect of self-hypnosis on hay fever symptoms–a randomised controlled intervention study. Psychotherapy and psychosomatics, 74(3), 165-172.




